Le Monde des Arts Martiaux Chapitre 113

Chapitre 113: La décision du Dixième Prince

Le Dixième Prince remarqua alors sa présence. Il avait d’abord pensé que Lan Yunyue était une servante, mais il s’aperçut de son erreur en voyant le raffinement des vêtements qu’elle portait.

« Tu es… Lan Yunyue ? »

Reprenant son sang-froid, celle-ci fit une révérence : « Lan Yunyue salue son Excellence le Prince des Nuages. »

Ce dernier la regarda de haut en bas et lui dit en ricanant d’un ton railleur : « Eh bien ! Quelle apparence pathétique, si charmante mais si pauvre. Pas étonnant que Lin Ming ait été fou de toi. Quel dommage… Si seulement tu étais restée proche de lui, j’aurais peut-être pu te trouver une certaine utilité. Mais désormais, je suis malade rien qu’à l’idée de te regarder. »

Ses mots furent sans pitié, sans aucune considération pour les sentiments de Lan Yunyue. Le peu de couleur qui lui restait sur le visage s’effaça. Qui aurait pu supporter une telle cruauté ?

« Hors de ma vue ! » S’emporta le Dixième Prince en la congédiant d’un geste de la main.

Elle se mordit les lèvres dans un effort pour retenir les larmes qui cherchaient à couler et, s’inclinant, quitta la pièce.

Le Dixième Prince recula une fois qu’elle fut sortie. Il ne restait finalement plus que Zhu Yan et lui.

Il le regarda droit dans les yeux et lui demanda froidement : « Veux-tu te venger ? »

Zhu Yan resta silencieux. Néanmoins, le sang qui dégoulinait le long de ses poings sur le sol valait mieux que toutes les réponses orales.

« Très bien. Tu sais que Lin Ming deviendra bientôt disciple principal de la Maison Martiale des Sept Véritables et tu connais le statut de la Maison Martiale au sein du royaume. Il n’y a qu’une chance infime que tu aies l’occasion de te venger ! »

« Mais peu importe à quel point tes chances sont incertaines, s’il y a une opportunité, tu la saisiras. Lin Ming finira bien par quitter l’enceinte de l’école à certaines occasions, et c’est là qu’il faudra frapper. Tu n’es pas assez fort pour l’assassiner. C’est pourquoi je te charge de trouver quelqu’un qui en sera capable. Je te fournirai secrètement l’appui financier nécessaire. Il y a toujours des gens pour réaliser ce genre de choses, à condition que la récompense soit suffisamment tentante. Mais il nous faut un maître, de ceux qui vagabondent d’une contrée à une autre sans jamais que quiconque ne sache où ils se trouvent. Ainsi, même la secte aura du mal à découvrir quoi que ce soit. »

« Cependant, mon appui s’arrêtera là ! Nous n’aurons plus aucun contact officiel et tu seras renié de la Famille Zhu. J’espère que tu comprendras mes motivations. Je dois hériter du trône, sans quoi non seulement moi, mais également tous ceux qui me sont liés subiront une répression absolue !

Le cœur de Zhu Yan tambourinait dans sa poitrine. Il allait être abandonné par le prince et par sa propre famille ?

Il savait très bien quelles étaient les intentions du prince à agir de la sorte. Envisager d’assassiner Lin Ming était suicidaire. Le Prince des Nuages et la Famille Zhu seraient anéantis si la Maison Martiale découvrait les responsables.

Par conséquent, le prince préférait couper toutes les relations.

Ainsi, même si l’assassinat de Lin Ming venait à échouer et que la Maison Martiale l’apprenait, le prince et les Zhu resteraient en dehors de tout soupçon.

Ils allaient afficher leur soutien officiel à Lin Ming, tout en complotant contre lui dans l’ombre. De cette manière, ils n’attireraient pas l’attention sur leurs intentions réelles et apparaitraient seulement comme faisant des concessions à l’égard de Lin Ming.

Mais pour que cela fonctionne, pour que Lin Ming ne voit pas le Dixième Prince comme son ennemi, un brave soldat devait chuter.

Peut-être même que le Dixième Prince pourrait encore arracher Lin Ming aux rangs du Prince Héritier, ou au moins l’en éloigner.

Une approche sous deux angles, c’était le meilleur plan possible !

Toutefois, ce n’était pas sans conséquences pour Zhu Yan. Son propre futur politique serait ruiné ! Sa famille, son pouvoir, il allait être dépossédé de tout ce qu’il avait et, n’ayant plus rien à perdre, devenir un vengeur errant.

S’il venait à échouer, il mourrait. Mais il n’avait pas le pouvoir de décider. Les Zhu n’hésiteraient pas un instant à sacrifier un fils si leur intérêt les y commandait.

« Zhu Yan, les choses étant là où elles en sont, il n’y a plus lieu de faire machine arrière. C’est la seule voie qu’il nous reste ! Je ne peux pas abandonner et accepter de m’avouer vaincu à cause d’une seule personne, pas maintenant, pas après tous les sacrifices auxquels j’ai consenti ! Je dois continuer de me battre, et la Famille Zhu doit se préserver.
Mais tout espoir serait perdu si Lin Ming parvient à devenir Emissaire des Sept Profondes Vallées ou Maître de la Maison Martiale. Soit il se range de mon côté, soit il sort de l’équation ; il n’y a pas d’autre alternative. Te concernant, je me suis déjà entretenu avec ta mère et nous sommes tombés d’accord. Tu partiras, que ce soit dans la nuit ou demain, et tu mettras en place un plan pour éliminer Lin Ming. J’espère que tu ne me décevras pas de nouveau !
Si tu réussis dans ta tâche et que tu ne laisses aucune trace susceptible de prouver ton implication, alors je te donnerais ce que tu mérites une fois sur le trône ! »

Me donner ce que je mérite ? Zhu ricana dans son cœur. Dis plutôt que tu me feras taire pour te débarrasser du témoin de tes crimes !

Même des subordonnés de confiance pouvaient finir par représenter un danger et, quand leur utilité s’épuisait, il arrivait qu’ils soient mis de côté, voir éliminés. C’était particulièrement vrai concernant le Prince Héritier, qui n’avait confiance en personne et restait méfiant à l’égard de ses plus proches parents. Comment pourrait-il tolérer de garder pareil danger à ses côtés ? Parviendrait-il jamais à manger ou dormir sereinement ?

Assassiner un disciple principal de la Maison Martiale des Sept Véritables, cette seule accusation suffirait à faire condamner le Dixième Prince à mort par la secte.

Si j’échoue, je mourrais.

Si je réussis, je mourrais.

Tu me prives de ma richesse et de mon nom, anéantis mon avenir, et tu voudrais aussi m’ôter la vie ? Yang Zhen, tu es impitoyable !

Quant à toi, ma chère et adorable tante, tu ne t’es opposée en rien à cette idée.Tu es prête à tant de cruauté contre ton neveu pour aider ton fils à accéder au trône. Bien, très bien !

Je vais prendre mon propre destin en main !

Les yeux de Zhu Yan étincelèrent d’une lueur glaçante. Il se fit la promesse, en ce lieu et place, d’éliminer tous ceux qui avaient travaillés contre lui ou qui avaient pu l’offenser ou le moquer !

Donnez-moi de la force ! Une force sans limite ! La force de tuer Lin Ming, la force d’écraser Yang Zhen ! La force de dominer l’univers et la vie de tous les êtres !

« Peng ! » La porte de la pièce se referma derrière le Dixième Prince qui s’en alla avec ses gardes. Lan Yunyue, qui était restée assise dans le couloir, les regarda s’éloigner, un air d’impuissance et d’égarement dans le regard.

Restée entrouverte, la porte de la chambre de Zhu Yan laissait apparaître une petite fente de lumière. Lan Yunyue crut voir la gueule d’une bête sauvage allongée sur le côté. Elle était bien incapable de rassembler le courage d’y rentrer, mais elle n’arrivait pas non plus à s’en aller. Elle resta là, dans cet immense couloir vide, à attendre sans trop savoir pourquoi.

Au bout d’un quart d’heure, Zhu Yan finit par sortir de la pièce. Surprise, Lan Yunyue se leva par réflexe.

Il se retourna vers elle et jeta négligemment une fine feuille de papier dans sa direction. Lan Yunyue reconnu tout de suite de quoi il s’agissait, à vrai dire elle s’y attendait. Sur ce papier se trouvait le contrat qu’ils avaient signés lors de leurs fiançailles.

« Déchire-le », s’exclama Zhu Yan.

« Comment… le… je te demande pardon ? » Les mains de Lan Yunyue se glacèrent.

« Nos fiançailles sont dissoutes. A partir d’aujourd’hui, je ne fais plus partie de la Famille Zhu. »

« Tu… tu es renié par les Zhu ? » Lan Yunyue était sous le choc. Comment était-ce possible ?

Zhu Yan reprit : « Tu souhaitais m’épouser pour mon statut, mon pouvoir, mon influence et mon argent. Désormais, je n’ai plus rien de tout cela. Tu n’as plus aucune raison de rester avec moi. Ce papier n’a plus aucune signification ! »

Le contrat que Lan Yunyue tenait dans ses mais fut alors déchiré en une multitude de fragments par la véritable énergie de Zhu Yan.

Lan Yunyue resta immobile, l’esprit vide. Dans le Royaume du Grand Avenir, les filles dont l’engagement avait été rompu étaient méprisées. Il était presque impossible pour elles de se marier par la suite. Jamais un homme de bon parti ne prendrait une telle femme pour épouse, seulement en concubine.

« Tu peux partir désormais. » Zhu Yan s’était complètement calmé. Il se retourna et s’en alla, sans même regarder Lan Yunyue une dernière fois. Seule une haine incommensurable habitait son cœur. Le Zhu Yan que Lan Yunyue avait connu était mort dans cette chambre ; comment aurait-il pu avoir la moindre considération pour ses sentiments ?

Alors qu’elle quittait les bâtiments de la Famille Zhu, Lan Yunyue erra dans la rue, l’esprit embrumé. C’était terminé… Zhu Yan et elle n’étaient plus ensemble.

Elle fut surprise de découvrir qu’elle ne ressentait ni la tristesse, ni la détresse d’une jeune fille livrée à elle-même. Au lieu de cela, elle ressentit une sorte de réconfort paisible en laissant échapper un soupir.

Ces jours incomparablement épuisants et déprimants s’en étaient allés, volant en éclat avec le papier de leur engagement.

Un vent humide et dense soufflait en cette heure tardive d’une nuit d’automne, faisant frissonner Lan Yunyue à chaque fois qu’il lui caressait la peau. La vie nocturne de la Ville du Grand Avenir battait son plein, emplissant l’air de rires et de sons joyeux. Des lanternes rayonnant d’une vive lumière rouge orangée étaient tendues entre des maisons closes toutes plus luxueuses ou extravagantes les unes que les autres, desquelles s’échappait tout un tumulte.

Lan Yunyue s’attarda sur tous ces bruits qui l’entouraient et un sourire lui vint aux lèvres. C’était un sourire rempli de soulagement.

Elle se remémora son enfance quand, lorsqu’avec Lin Ming, ils jouaient à courir après des libellules de bambou à travers les herbes humides du printemps. Qu’ils sortaient sous la pluie pour cueillir ensemble de petites fleurs sauvages ou encore qu’ils enjambaient les pierres glissantes d’un ruisseau pour ensuite tremper leurs pieds dans l’eau fraîche. De petits poissons particulièrement chatouilleux venaient alors leur mordiller les orteils, ce qui les faisait beaucoup rires. Puisqu’il travaillait dans le restaurant familial, Lin Ming était capable de confectionner des plats délicieux en un temps record. Il pouvait attraper un faisan, cueillir quelques herbes et fruits sauvages, puis cuisiner une variété de plats savoureux dans des marmites en argile qu’il emportait avec lui.

Une fois, alors que Lan Yunyue était malade, il avait couru plusieurs kilomètres sous une pluie battante pour puiser de l’eau claire dans une source montagneuse, afin de faire bouillir une préparation médicinale.

Mais ces jours semblaient déjà si lointains…

Lan Yunyue ne s’en rendit pas compte, mais des larmes lui coulaient le long des joues.

Elle regrettait, non pas parce que Lin Ming était devenu l’étoile la plus brillante du royaume ou parce qu’elle avait manqué sa chance d’être l’épouse du prochain Maréchal du Royaume. Non, ce qu’elle regrettait, c’était d’avoir sacrifié ce bonheur pur et simple dont elle jouissait pour un luxe inutile et une vanité vide dénuée de sens.

Lan Yunyue continua d’errer ainsi à travers les rues de la capitale, sans but précis. Son corps frêle mais d’une charmante délicatesse était enveloppé dans une longue robe bleue. La lueur brillante des lanternes la couvrait d’une ombre brumeuse et solitaire. Elle ressemblait à un papillon, volant avec désespoir à travers les artères de la ville au gré du vent automnal.

Elle ne prévoyait pas de retourner à la Maison Martiale. Sans l’aide d’herbes précieuses et de remèdes, et avec son talent médiocre, elle n’avait plus aucune chance d’atteindre une cultivation martiale élevée dans cette vie.

Mais elle n’avait pas non plus envie de retourner dans la Ville du Mûrier Vert. Elle ne pourrait pas y garder la tête haute après les évènements qui étaient survenus. Comment pourrait-elle faire face à ses propres parents et dans une moindre mesure à ses voisins ?

Et plus important encore, elle ne voulait pas revoir Lin Ming ; elle ne voulait pas avoir à lui faire ses adieux…

Lin Ming était assis dans une voiture tirée par des chevaux Draconique des Neiges. Il était loin d’imaginer ce que Zhu Yan et Lan Yunyue venaient de vivre, et à quel point celui-ci était animé d’une haine profonde et viscérale à son encontre.

Il savait que son inimitié avec Zhu Yan n’était pas résolue et que ce dernier allait probablement chercher à se venger en attendant une opportunité pour frapper. Lin Ming ne pouvait cependant pas le tuer pour autant. Lui aussi était un disciple officiel de la Maison Martiale. S’en prendre à Zhu Yan revenait à défier l’autorité de la secte, c’était inenvisageable.

« Monsieur Lin, si vous voulez bien descendre », l’invita respectueusement un domestique du prince Héritier tandis que la voiture s’était arrêtée.

Lin Ming tira alors les rideaux, s’attendant à voir le palais du prince. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant qu’ils avaient quitté la ville et se trouvaient au pied de la montagne Zhou. En réalité, ils n’étaient pas très loin de la Maison Martiale.

En descendant de la voiture, Lin Ming découvrit qu’ils s’étaient arrêtés devant une belle demeure. Celle-ci n’arborait pas un luxe ostentatoire mais une construction élégante. De petits ponts en pierre surplombant ruisseaux et couloirs rocheux parsemaient la propriété. La demeure se perdait dans cet ensemble qui faisait plus penser à un jardin.

« Haha, aimes-tu cet endroit Frère Lin ? »

« Mm ? » Lin Ming hésita légèrement. Il se doutait déjà des intentions de Yang Lin, qui voulait probablement lui offrir cette résidence.

L’accepter revenait à se subordonner au Prince Héritier.

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