Le Monde des Arts Martiaux Chapitre 112

Chapitre 112: Zhu Yan hors de lui

Wang Gan fit plusieurs fois le tour du palais du Prince des Nuages pour éviter d’attirer l’attention des informateurs du Prince Héritier. Dissimulé sous une cape, il pénétra dans le palais par une porte secondaire. Sa visite présentait deux motifs, expliquer les raisons de sa présence au banquet du Prince Héritier d’une part, et relater les actions viles de Zhu Yan de l’autre. Le Prince des Nuages n’allait probablement pas apprécier d’entendre parler de Zhu Yan, mais Wang Gan était confiant, il avait sa propre interprétation des faits à apporter à ce sujet.

Pourtant, il préféra ne pas aborder ces deux points dès le départ ; se contentant plutôt d’invoquer le statut particulier du Prince à l’égard de l’armée en lui rendant compte d’affaires militaires. Il vanta ensuite les mérites d’un père et de son fils, tous deux particulièrement braves, qui s’étaient illustrés à travers de nombreux services militaires dernièrement. Cela lui servit de transition pour amener le sujet des relations père fils dans la conversation, à partir de quoi il ne manqua pas de soupirer avec tristesse du malheur que lui causait le fait d’avoir élevé un fils aussi inutile. Puis il digressa encore avec intelligence et finit par évoquer les évènements de ces derniers mois au cours desquels son fils avait provoqué Lin Ming ; en ne manquant pas de lâcher le nom de Zhu Yan dans la conversation.

Le Prince des Nuages ne mit pas longtemps à comprendre où Wang Gan voulait en venir avec son histoire. Son expression devint de plus en plus sévère à mesure qu’il entendait le nom de Zhu Yan être mentionné. Il n’avait pas eu connaissance, jusqu’à aujourd’hui, du différend que Lin Ming avait-eu avec le fils de Wang Gan lors de l’examen d’entrée ; pas plus qu’il ne savait que Zhu Yan en avait été l’instigateur.

« Vous avez travaillé durement aujourd’hui, commandant Wang. Rentrer donc vous reposer au plus vite », lui dit le Prince des Nuages, le regard vacant.

« Bien, si vous voulez bien m’excuser. »

Wang Gan avait déjà atteint son objectif. Quoique pas des plus prestigieuses, la position qu’il exerçait au sein du gouvernement était particulièrement délicate et importante. Il devait faire preuve d’une grande prudence afin de préserver sa tête, et il y arrivait particulièrement bien.

Ville du Grand Avenir, Branche de la Famille Zhu-

Zhu Yan était allongé sur un lit, les cheveux en bataille et habillé d’un pantalon blanc. Il regardait par la fenêtre avec un air abattu, ses yeux rivés sur la lumière qui émanait au loin du palais du Prince Héritier. Un banquet s’y tenait en ce moment même, et l’invité d’honneur n’était nul autre que Lin Ming.

En y pensant, Zhu Yan agrippa les draps en fines dentelles du lit qui se déchirèrent dans ses mains.

Il s’était blessé sévèrement au cours de leur combat, en utilisant le Purgatoire du Lotus Rouge alors qu’il ne le maitrisait pas. Cela avait eu pour conséquence d’épuiser la véritable énergie de son corps et d’endommager ses méridiens. La cultivation de Zhu Yan était insuffisante, et il n’avait qu’à peine réussi à l’utiliser. En plus de l’énorme pression que son corps avait subie, son attaque avait été repoussée par Lin Ming, ce qui n’avait fait qu’aggraver ses blessures.

La chair était facile à soigner, à condition d’avoir les bons remèdes, mais il en était bien autrement des méridiens, pour lesquels les blessures pouvaient être très difficiles à guérir. Ces dernières pouvaient ralentir, voir empêcher de parvenir à l’étape de la Condensation de l’Impulsion.

« Aaaaarrh ! »

« Peng ! » L’oreiller de velours en dessous de Zhu Yan explosa soudainement en laissant voler les innombrables plumes qu’il contenait dans la pièce. L’on aurait dit des flocons de neige.

« Ah ! » Lan Yunyue sursauta en se couvrant la bouche de la main. Zhu Yan était lunatique, il pouvait rester calme et silencieux un long moment, pour mieux laisser déborder sa rage dans un élan de colère bestiale l’instant d’après. Lan Yunyue ne savait plus où se mettre.

Son cri attira l’attention de Zhu Yan qui se mit à la fixer.

Ses yeux furent telles des dagues, pénétrant sa poitrine et lui coupant la respiration. Son regard était si froid que Lan Yunyue eut l’impression d’être plongée dans un bain glacial. Elle pensa que Zhu Yan allait la tuer.

Après un silence qu’il lui sembla interminable, ce dernier lui demanda soudainement : « Est-ce que tu regrettes ? »

« Comment ça… Quels regrets ? » paniqua-t-elle. Elle inspira profondément pour essayer de paraître la plus calme possible.

« Tu sais de quoi je parle. »

Le nom de Lin Ming rayonnait déjà bien au-dessus de celui de Zhu Yan. Ses réalisations futures éclipseraient sans aucun doute les siennes. Zhu Yan se dit que Lan Yunyue, aussi pragmatique qu’elle était, devait inévitablement regretter.

« Le Prince Héritier organise un banquet des plus grandiose en sa faveur, rejoins le si tu regrettes. Il doit certainement y avoir tout un tas de célébrités et de gens influents. Là-bas, les jeunes filles portent des atours des plus raffinés et des plus onéreux, leurs manières sont délicates et leur élégance inégalée. N’est-ce pas tout ce que tu as toujours désiré ? Tu devrais partir désormais. »

La voix calme de Zhu Yan se matérialisa en un frisson glacial qui fit trembler Lan Yunyue de peur et d’appréhension. Elle savait très bien dans quel état était Zhu Yan, et elle n’avait aucune envie de savoir qu’elle réaction il aurait si elle lui disait effectivement qu’elle regrettait.

Lan Yunyue dansait sur la corde. Elle serra les lèvres et lui répondit : « Je n’ai plus les qualifications pour regretter quoi que ce soit. »

Zhu Yan sourit malicieusement et laissa apparaître le coin de ses dents. « Tu es honnête. Au moins tu ne fais pas l’hypocrite en prétendant ne pas regretter. Bien. De toute manière, tu n’as effectivement pas les qualifications pour regretter. Par conséquent, déshabille-toi ! »

« Comment ?! » Lan Yunyue attrapa inconsciemment son collier sous l’effet de la surprise. « Zhu Yan, nous ne sommes pas mariés. »

« Le mariage ? Je crains que tu n’aies pas bien compris ta position Lan Yunyue. Crois-tu être une princesse ? Si je n’ai pas fait d’avance jusqu’à maintenant c’est parce que j’avais du respect pour toi. Mais il serait temps que tu m’en témoignes à ton tour ! M’as-tu seulement porté au moins une fois dans ton cœur ? Prouve-le-moi, enlève tes vêtements ! »

 « Zhu Yan, tu… » Alarmée, Lan Yunyue se pencha inconsciemment vers la porte. Zhu Yan avait déjà été d’humeur sombre par le passé, ce n’était pas la première fois qu’elle se sentait en danger. Mais il n’avait jamais osé entreprendre la moindre action à son encontre. En réalité, il agissait la plupart du temps en gentilhomme.

Mais aujourd’hui, Lan Yunyue ne doutait pas un instant qu’il essayerait de lui forcer la main. Ses échecs et sa frustration d’avoir perdu contre Lin Ming avaient jeté un voile noir sur son futur. Zhu Yan s’était abandonné à sa colère et agissait désormais plus en bête qu’en homme.

Zhu Yan la vit se déplacer vers la porte et l’interpella d’une voix grave et colérique : « Ce ne sont pas ces blessures qui m’empêcheront de m’occuper de toi. Tu ferais mieux de ne pas t’approcher de l’entrée. Je n’hésiterais pas à bouger si tu fais un pas de plus ! »

« Zhu… Zhu Yan… » sanglota Lan Yunyue en se mordant les lèvres. Des larmes se formaient déjà dans le coin de ses yeux. Elle agrippa le col de ses vêtements si fort que ses phalanges devinrent toutes blanches.

Elle dit entre deux soubresauts : « Tu as perdu contre Lin Ming et espère assouvir ta vengeance et apaiser ta colère en abusant de la femme qu’il a aimée !? Est-ce cela, ton cœur des arts martiaux ? Pourquoi penses-tu avoir besoin de faire ça pour trouver un semblant de réconfort ? Crois-tu vraiment que ça t’aidera à aller mieux ? »

« Que viens-tu de dire ? » Le visage de Zhu Yan s’était complètement assombrit. Chaque mot prononcé par Lan Yunyue avait remué le couteau dans les plaies ouvertes de son cœur. Abuser d’elle revenait précisément à trouver un exutoire à toute la frustration qui le dévorait.

Il haïssait absolument tout de Lin Ming et se sentait opprimé par le besoin inextinguible de trouver un domaine, un endroit ou n’importe quoi où il pourrait le dépasser. Zhu Yan allait apaiser son cœur en satisfaisant ses démons, il allait s’accaparer Lan Yunyue.

Mais les mots de celle-ci le mirent hors de lui en exposant toute sa faiblesse et sa médiocrité. Il se sentit tellement pitoyable d’en être réduit à essayer de trouver un semblant de sentiment de supériorité à abuser du corps d’une femme qu’il fut pris d’une colère noire.

Sa véritable énergie se mit à tourbillonner et, alors qu’il s’apprêtait à bondir vers Lan Yunyue, une voix se fit entendre de derrière la porte. C’était celle de son vieux servant qui lui annonçait l’arrivée du Dixième Prince.

« Mm ? » s’interrompit Zhu Yan en fronçant les sourcils avec contrariété. Sa véritable énergie retomba petit à petit.

Lan Yunyue était à deux doigts de craquer. Appuyée contre le mur, son corps glissa doucement et elle tomba sur ses genoux, le dos couvert de sueur. Le nom du Dixième Prince avait été un cauchemar pour elle tout au long du mois. Il avait failli pousser Zhu Yan à renoncer à son engagement auprès d’elle. Mais aujourd’hui, alors qu’elle se voyait mourir, entendre ce nom fut un tel soulagement que ses forces l’abandonnèrent.

Zhu Yan s’habilla silencieusement. Il ne pouvait pas se permettre de recevoir le prince dans ces conditions. Il était inenvisageable qu’il le reçût dans sa chambre, à moins d’être incapable de se mouvoir à cause de ses blessures.

Cependant, alors qu’il enfilait ses vêtements, des bruits de pas désordonnés retentirent en dehors de la pièce.

La porte s’ouvrit alors, laissant apparaître le Dixième Prince sur le seuil. Plusieurs servants l’accompagnaient et son visage était calme, ne laissant transparaître ni joie ni colère.

« Salutation, votre excellence », dit Zhu Yan en faisant une révérence. Lan Yunyue aussi s’était relevée pour saluer le prince selon l’usage, avant de se replier dans un coin de la pièce.

Les coutumes voulaient que lorsqu’un individu s’inclinait devant un prince, celui-ci l’invitât par quelques mots à renoncer à ce cérémoniel. Pourtant, le Dixième Prince n’en fit rien et laissa Zhu Yan faire sa révérence.

« Tu connais Wang Yigao ?! » demanda-t-il soudainement. Lan Yunyue faillit en perdre connaissance.

Zhu Yan comprit immédiatement que le Dixième Prince faisait référence aux évènements survenus au début du printemps. Il avait été informé d’une manière ou d’une autre, sans quoi il n’aurait jamais mentionné si soudainement le nom de quelqu’un d’aussi insignifiant que Wang Yigao. Cet incapable avait probablement dû rendre des comptes et tout avouer à son père maintenant que Lin Ming était devenu célèbre. Ce qui n’avait pas manqué de finir par arriver aux oreilles du Dixième Prince.

« Oui », confessa Zhu Yan. Il savait très bien que c’était probablement l’une des raisons qui poussaient Lin Ming à favoriser le Prince Héritier. C’était d’ailleurs pour cela qu’il avait choisi de ne pas en parler, mais le prince l’avait appris autrement.

« Très bien. Voilà qui explique pourquoi Lin Ming a si facilement rejoint le camp de mon frère aîné. Car au cas où tu ne le saurais pas, c’est précisément lui qui a porté secours à Lin Ming ce jour-là ! C’est la cerise sur le gâteau, à quel point cette aide aurait-elle pu arriver à un moment plus opportun ? Tu ne t’es pas illustré d’une quelconque manière en deux années passées à mon service, et maintenant tu offres un cadeau pareil à mon frère ? Tu sais peut-être que la secte a initié le test de disciple principal pour Lin Ming ce soir ? Il ne lui reste plus qu’à le réussir pour devenir officiellement un des disciples principaux des Sept Profondes Vallées ! »

Le cœur de Zhu Yan tressaillit. Disciple principal !

C’était impensable. Qin Xingxuan était la seule disciple principale originaire de la capitale.

Quant aux autres, il s’agissait des fils et filles des familles martiales occultes.

« As-tu seulement idée de la valeur d’un disciple principal pour mon frère et moi ? » L’expression du prince était sombre. Les disciples principaux finissaient par rejoindre la secte pour y poursuivre leur apprentissage, après quoi ils avaient le choix de rester ou de revenir dans leur pays. Dans le second cas, ils se voyaient confier le rôle de Maître d’une Maison Martiale ou d’Emissaire des Sept Profondes Vallées.

Si Lin Ming choisissait de rester au sein de la secte, cela ne changerait pas grand-chose à l’équilibre des forces du royaume. Mais dans le cas contraire, cela pouvait tout bouleverser !

Le Royaume du Grand Avenir était un vassal des Sept Profondes Vallées, placé sous leur juridiction. Le statut de Maître de la Maison Martiale ou d’Emissaire des Sept Profondes Vallées surpassait même celui de l’empereur.

Si Lin Ming occupait une de ces deux fonctions dans le futur et qu’il offrait son soutien au Prince Héritier, alors le Prince des Nuages n’aurait plus aucune chance de briguer la couronne. Son avenir et sa vie étaient ainsi en jeux.

Zhu Yan serra ses poings si fort que ses ongles pénétrèrent sa chair. Disciple principal ! Comment était-ce possible ? Si Lin Ming réussissait, l’existence de Zhu Yan ne représenterait plus rien, il pourrait l’écraser comme un insecte.

Zhu Yan eut l’impression que son monde achevait de s’effondrer autour de lui, tandis qu’il sombrait dans un puit de désespoir sans fond.

Leur inimitié pourrait-elle un jour s’achever ?

Lan Yunyue était affalée contre l’un des murs de la pièce, le visage privé de toute sa couleur. Disciple principal… Lin Ming souhaitait devenir disciple principal ?

Quel futur allait-il avoir ? Pour elle, la secte était une existence si lointaine que tout cela lui semblait irréaliste.

Le Dixième Prince remarqua alors sa présence. Il avait d’abord pensé que Lan Yunyue était une servante, mais il s’aperçut de son erreur en voyant le raffinement des vêtements qu’elle portait.

« Tu es… Lan Yunyue ? »

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