Everyone Else Is A Returnee Chapitre 11

Chapitre 11: Chasse en solitaire 3/5

Chapitre 11 : Chasse en solitaire 3/5

 

Au motif que d’autres monstres risquaient d’apparaître avec l’agitation, les soldats éloignèrent les civils. Même avec dix ans d’entraînement, que pouvaient-ils espérer faire face au canon d’une arme ?

« C’est une chance que je tombe à nouveau sur vous ici. » dit la chef d’escouade.

Yu Ilhan s’étonna un peu de constater que cette fois encore, l’escouade fut composée exclusivement de femmes.

« Je vous ai cherché partout. Pourquoi êtes-vous parti alors que je venais vous voir ? » ajouta-t-elle.

Il s’attendait à la question et aurait pu répondre immédiatement, mais eut-il vraiment été raisonnable d’admettre la vérité ?

Je ne suis pas parti, j’ai rassemblé mes affaires juste devant toi…

Face à son silence, elle perdit un peu patience.

« Tout ça parce que je suis dans l’armée… Foutu uniforme, je devrais tout balancer tiens ! »

« Hmm, Lieutenant, Iron Man ne vous écoute pas, je crois. »

L’intéressé s’était déjà affairé à dépecer les carcasses des monstres, se servant de la pointe de sa lance comme d’un couteau. Bien sûr, c’était aussi peu pratique qu’ergonomique, mais le cuir des chiens était si dur qu’il ne pouvait espérer le découper avec autre chose. Décidément, il lui fallait un espace de travail… et un couteau digne de ce nom.

« Vous pourriez m’écouter quand je vous parle, quand même ! » lui cria-t-elle.

« Non, je n’écoute pas. Je ne fais rien, je n’aide personne, alors inutile de m’adresser la parole. » répondit Yu Ilhan, et ce sans même prendre la peine de lui adresser un regard.

« Vous… Vous entretenez des griefs contre l’armée, hein ? Ou alors, vous êtes un traître ?! »

Elle n’aurait pu être plus éloignée de la réalité. Au contraire, il était fier d’être coréen, allant jusqu’à s’émouvoir de la moindre victoire sportive de l’équipe nationale et plaçant en très haute estime l’histoire et la culture coréenne. Pas un seul instant il n’aurait souhaité changer de nationalité. Non, le problème venait davantage du fait qu’il ne souhaitait laisser personne décider à sa place.

À propos de décider… Il se posa tout à coup la question de la pertinence de sa décision de dépecer les chiens, avec tous les corps lupins alentours. Leur cuir, leurs griffes et leurs dents étaient par définition moins intéressantes que celles des loups, qui jouissaient en plus d’un niveau plus élevé. Cependant, ces matériaux, plus résistants et légers qu’une armure de plates, restaient des éléments de choix.

« Les carcasses des chiens, vous les voulez ? Je peux vous les dépecer, s’il faut. » lança-t-il.

Lui qui avait été jusqu’à présent si distant lui adressait enfin la parole, et ce pour lui faire une proposition intéressante, encore. Elle en perdit toute contenance, et c’est seulement alors qu’il détourna le regard avec un soupir qu’elle récupéra ses esprits.

« Oui ! Je vous les achète toutes ! » répondit le second Lieutenant dans la hâte.

« Voilà une chose de faite. »

« Et les pierres magiques, est-ce que… »

« Non, je ne les vends pas. » la coupa-t-il.

« Ah… Dommage. »

Leur négociation se poursuivit ainsi tandis qu’il continuait de dépecer, mais au bout du compte et comme elle l’en informa, le Lieutenant en second n’avait pas l’autorité suffisante pour prendre cette décision. Une fois ses supérieurs contactés, ceux-ci, qui étaient parfaitement conscients de l’importance des matériaux des monstres, acceptèrent immédiatement l’offre de Yu Ilhan.

Dans le reste du monde, des monstres étaient apparus un peu partout et même si ceux de la trempe des deux gros loups restaient encore rares, des individus tels que les chiens errants étaient fréquemment rencontrés. Ce qui posait bien évidemment de nombreux problèmes, notamment car des armes telles que le fusil d’assaut K-2, la mitrailleuse K-3 1) ou même les grenades de l’armée ne pouvaient que très difficilement tuer. Ce fut précisément pour cette raison que l’armée ne chercha même pas à négocier. Leurs armes étaient si faibles qu’il leur fallait utiliser de nombreux chargeurs pour tuer un seul de ces chiens, laissant alors les carcasses dans un état parfaitement inexploitable. Or, la méthode avec laquelle Yu Ilhan travaillait était propre au point que même dans les autres mondes, d’aucuns auraient pu lui envier sa technique qui laissait pratiquement les monstres intactes. S’ils avaient su avec quel soin il les dépeçait, ils auraient à n’en point douter même accepté de payer plus cher encore. Il en sépara les différents éléments qu’il remit progressivement au Lieutenant. Elle en prit quelques photographies qu’elle transmit immédiatement à ses chefs. L’un d’eux la rappela aussitôt.

« Lieutenant en second Han, vous ne le lâchez pas ! Ramenez-le, qu’il vienne nous parler, peu m’importe le moyen. Mais n’utilisez pas la violence ! » lui cria la voix à l’autre bout du fil, sans même prendre la peine de la saluer.

« Il ne souhaite pas nous parler. » répondit-elle.

« Séduisez-le, alors ! »

Le Lieutenant en second Han Yolang était une femme de la vingtaine d’une très grande beauté. Elle avait jusqu’à présent évité les horreurs accompagnant ce statut, mais refuser cet ordre l’aurait certainement contrainte à démissionner. Elle accepta.

« Bien, je vais le persuader. »

Même si l’idée lui était désagréable, elle était prête à tous les sacrifices par patriotisme. Elle termina son appel et vint rejoindre Yu Ilhan qui, en ayant terminé avec les chiens, s’apprêtait à s’attaquer aux loups. C’est lui qui prit le premier la parole.

« Je veux des espèces, pas de chèque. Allez me chercher l’argent. » dit-il.

« Si c’est là ce que vous désirez, monsieur… » fit-elle d’une voix faible.

À nouveau, elle ressentit l’envie de pleurer. Existait-il pour une femme quelque chose de plus tragique que d’avoir à se servir de son corps pour parvenir à un objectif ? Bien loin de se douter de ce qui se tramait, Yu Ilhan acheva de découper les chairs en sifflotant. En comparaison à la veille, il avait récupéré un butin bien plus important et il était beaucoup plus simple de travailler avec les animaux qu’avec les dures carapaces insectoïdes. Malheureusement, il ne pouvait espérer couler les os comme il l’aurait fait avec du métal, mais on pouvait se servir de leur structure et du cuir pour créer de formidables équipements de défense. Sans parler des pierres magiques… Celle récupérée sur le plus gros loup était comparable à la taille d’une grosse amande.

« Hmm, ça a l’air bon… » plaisanta-t-il à haute voix.

« Ne fais surtout pas ça ! Les humains ne peuvent pas assimiler les pierres magiques comme ça, sauf si tu veux finir transformé en bête folle ! »

« Euh… Ok… »

L’avertissement de Herta résonna comme la foudre, et ses implications le frappèrent aussi comme elle. Et si des humains devenaient des monstres en consommant les pierres magiques… Qui d’autre que lui pourrait les arrêter ? Les humains étaient tellement stupides qu’il se doutait bien que ça finirait par arriver. Un peu abasourdi, il tenta de changer de sujet.

« Ce que je veux dire, c’est juste qu’elles sont jolies… » dit-il d’une voix assez faible pour que Han Yolang ne l’entende pas.

« C’est ça, ouais… » répondit Herta, toujours agacée.

En dehors de celles des deux principales menaces, il récupéra une vingtaine de pierres magiques de taille plus modeste. Han Yolang en devint blême. Même sur la luxuriante planète Guundia, où elle avait séjourné, c’était une quantité non-négligeable de richesses potentielles. Sans compter sur Terre où les artéfacts étaient tellement rares qu’on s’interrogeait encore sur leur existence, leur valeur était encore démultipliée.

Il va vraiment falloir que je le séduise, hein ?

Tandis qu’elle s’interrogeait encore sur ces frivolités, Yu Ilhan prit la fourrure d’un loup pour s’en faire un sac, dans lequel il regroupa tous les matériaux. Il ne resta bientôt plus que la viande.

« C’est mangeable ? » demanda-t-il à Herta.

« Si tu as un peu de résistance au poison, oui. » répondit-elle.

Bon, de toute évidence, il valait mieux la laisser ainsi. Alors qu’il porta son baluchon de fortune à l’épaule, Han Yolang vint une nouvelle fois à son niveau et tenta de lui faire les yeux doux.

« Allez, soyez chic quoi, vendez-moi des pierres… S’il vous plaîîît ? »

« Non. » répondit-il aussitôt.

« Hmpf. Bien. »

Aussi déter2) que déterminé, Yu Ilhan ne réagit même pas à sa tentative, se contentant de répondre à son simple objet par la négative. Elle s’était forcée à se la jouer mielleuse, et il l’avait rejetée ? Elle était aussi blessée que furieuse, et se promit d’en faire baver l’intégralité des soldats sous son commandement jusqu’à ce que plus personne ne soit à même de simplement respirer.

C’est à cet instant qu’un détachement spécial constitué d’un Lieutenant-colonel et d’un membre du gouvernement, venu comme un petit bonus en plus de l’argent promis. Yu Ilhan se le serait bien fait rembourser, mais il n’avait pas trop le choix. La chance et la malchance n’étaient jamais très éloignées…

« Vous êtes vraiment très fort ! J’ai peine à croire que vous ayez réussi à les vaincre tout seul ! » s’exclama-t-il.

Encore qu’il aurait bien pu exprimer sa volonté de coucher avec lui dans la seconde, Yu Ilhan n’aurait de toute manière pas plus réagi, trop occupé à compter les billets. Le compte y était : 370 millions de won. Ses mains se mirent à trembler légèrement. En dépit de tout ce qu’il avait traversé durant sa très longue vie, une telle somme d’argent le déstabilisait. Il avait déjà goûté au luxe, s’étant amusé à conduire des voitures de sport ou à séjourner sur des yachts, mais jamais encore il n’avait braqué de banque.

« Yu Ilhan, je vais être honnête, lui exprima par télépathie Herta, quel que soit l’état des matériaux, c’est une somme très généreuse pour voir qu’il ne s’agissait que de monstres sous le niveau 20. Je pense qu’ils cherchent à t’acheter toi, en fait. »

Sans grande surprise.

Il s’agaça en remarquant que leur attention semblait surtout tournée vers le sac qu’il tenait, et dont la valeur était bien au dessus de celle du butin qu’il venait de leur céder.

« Bien, on en a fini ? » demanda-t-il.

« Oui, l’argent est vôtre ! Mais avant que vous ne partiez, j’aimerais que l’on discute un peu. » lui répondit le Lieutenant-colonel.

« Bah, j’ai aucun doute sur le fait qu’on se reverra bien assez tôt comme ça. »

Après ce trait glacial, il se saisit de son téléphone portable et ouvrit une application qui lança le flash de l’appareil photo intégré. Exception faite de lui, tous les gens présents fermèrent les yeux une seconde.

« Ce… C’était quoi ? » s’étonna le membre du gouvernement.

« Où est-ce qu’il est passé ?! » cria Han Yolang.

Les passants, eux aussi, se sidérèrent de voir qu’il avait disparu.

« Comment est-ce qu’il a fait ? Mais de quel niveau il est, ce type ! »

« Il a dû récupérer une magie très puissante dans un autre monde… »

« Rien de tout ça ! Il sort de Men in Black3) ! »

Il peut paraître surfait de le préciser, mais Yu Ilhan n’avait pas bougé d’un iota. Il se tenait toujours devant eux. Durant un combat, sa compétence passive de dissimulation était sans effet, mais il suffisait simplement de distraire le regard des gens pour que d’un seul coup, ils ne puissent même plus en discerner la silhouette.

« Bon, on y va ? » demanda-t-il à Herta.

« Les cieux n’auront pas terminé leurs préparatifs avant au moins une journée. J’en suis désolée, mais d’ici là, il va falloir continuer. Il se cache sans doute d’autres monstres tout aussi dangereux dans d’autres endroits. » répondit-elle sans la moindre once d’hésitation, comme si elle avait préparé son discours.

Oui, en fait. Elle l’avait préparé.

« Okay, pas de problème. Je vais juste aller déposer ça dans un endroit sûr, et on peut s’y remettre. » répondit-il en désignant son baluchon, avant de signifier son besoin de se pencher sur les histoires de classe.

Il laissa ainsi une audience désespérément à sa recherche. Ainsi commença seulement la très longue journée de Yu Ilhan.

 


 

Notes de l’auteur :

1) Yu Ilhan obtiendra sa classe dans le prochain chapitre. J’ai essayé de l’ajouter dans ce chapitre, mais il était déjà trop long…
2) Je devrais lui faire son propre masque, et virer celui d’Iron Man…
3) Dès la fin de ce qui va, véritablement, être une longue journée, soit dès la fin de l’arc, on pourra dire que l’histoire aura véritablement commencé. Restez branchés !

Astuce:

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